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Il est venu en accomplissement de la prophétie
Partie 1 sur 2
Pasteur Dr. John C. Lawrenz
Présenté pour la première fois lors d’un symposium au Dr. Martin Luther College, en 1993 · Partie 1 · Partie 2
Les chrétiens ont ceci en commun : ils savent que le Seigneur Jésus-Christ est leur tout. Sa première venue donne un sens à toute chose. Sa seconde venue tranchera toute question. De toute éternité, Dieu le Père a projeté la venue de son Fils. Le Fils a suivi dans l’obéissance le scénario écrit par le Père. Dieu le Saint-Esprit tient le monde informé par la bouche de porte-parole humains. Les apôtres l’affirment : « Ce n’est pas, en effet, en suivant des fables habilement conçues, que nous vous avons fait connaître la puissance et l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ » (2 Pi 1.16). En tant que témoins oculaires, ils nous rapportent des faits certains au sujet « de tout ce que Jésus a commencé de faire et d’enseigner dès le commencement jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir donné ses ordres, par le Saint-Esprit, aux apôtres qu’il avait choisis » (Ac 1.1-2). Ce témoignage oculaire des apôtres n’est pourtant que l’un des deux témoignages dont nous disposons pour affermir et confirmer notre foi. « Nous tenons pour d’autant plus certaine la parole prophétique » (2 Pi 1.19). Nous avons la prophétie accomplie.
La prophétie proclame et anticipe ; d’où l’aphorisme : les prophètes disent et les prophètes prédisent. Lorsque la prophétie proclame, elle est d’une solidité à toute épreuve.1 Elle embrasse les grandes vérités du péché de l’homme et de la grâce de Dieu. Lorsque la prophétie anticipe, en revanche, elle est incomplète, même si elle demeure tout aussi solide. La prophétie appelle un accomplissement. Jusqu’à la naissance de Jésus, sa vie et son œuvre relevaient du « pas encore ». Il suffisait aux prophètes de croire que l’amour de Dieu, qui restait à révéler dans toute sa plénitude, était aussi certain que l’existence même de Dieu.
Pourtant, ni Moïse, ni Ésaïe, ni David n’avaient une vision complète. Lorsque ces hommes prophétisaient au sujet d’un Sauveur qui n’était pas encore venu, leur foi s’élançait vers lui. Les prophètes aspiraient à voir et à entendre leur Sauveur dans sa pleine révélation. Dans sa sagesse, Dieu a laissé cette aspiration des prophètes inassouvie. Cela signifie-t-il que les paroles des prophètes n’étaient que des divagations éthérées et décousues ? Non. Moïse, Ésaïe, David et les autres prophètes n’avançaient pas à tâtons en se raccrochant à des chimères. L’Esprit de Christ était à l’œuvre en eux. Les prophètes de l’Ancien Testament « ont fait de ce salut l’objet de leurs recherches et de leurs investigations, voulant sonder l’époque et les circonstances marquées par l’Esprit de Christ qui était en eux » (1 Pi 1.10-11).
La prophétie telle que Dieu la donne était bien plus que la prévision d’un météorologue sur le temps du lendemain. Les paroles d’un prophète étaient soumises à un critère simple, énoncé en Deutéronome 18.14-22, en particulier aux versets 21 et 22. Si le prophète annonçait juste, c’était Dieu qui avait parlé. Si, en revanche, un message était proclamé au nom du Seigneur et ne se réalisait pas, Dieu n’était pas avec ce prophète, et il ne fallait pas croire ses paroles. Au fil des siècles, Dieu a composé une mosaïque de ce qui devait venir, une prophétie après l’autre. Finalement, les éléments réunis furent suffisants pour que les croyants reconnaissent Jésus pour ce qu’il était lorsqu’il vint.
Jésus était lui-même prophète. Mais, parce qu’il était le Prophète, il se distinguait de tous les autres. Comme eux, il proclamait. À la différence d’eux, il accomplissait. Jésus savait qui il était et pourquoi il était venu. L’auteur de l’épître aux Hébreux nous dit : « Christ, entrant dans le monde, dit : […] Voici, je viens (dans le rouleau du livre il est question de moi) pour faire, ô Dieu, ta volonté » (Hé 10.5, 7 ; cité du Ps 40.6-8). Il était Dieu fait chair, le témoin parfait venu révéler l’amour parfait de Dieu. Il savait qu’il était celui que les prophètes avaient annoncé. « Ne croyez pas, dit Jésus, que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir » (Mt 5.17). Jésus voulait que le monde sache qu’il était la confirmation de tout ce que les prophètes avaient écrit. Sur le chemin d’Emmaüs, Jésus « leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24.27). Jésus commença par Moïse et parcourut tous les prophètes. Il en avait largement le temps : la marche de sept milles (environ onze kilomètres) entre Jérusalem et Emmaüs a probablement duré deux bonnes heures. Le soir de Pâques, Jésus rappela au cercle restreint de ses disciples « qu’il fallait que s’accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes » (Lc 24.44). Auparavant, il avait déclaré avec force : « Je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé » (Mt 5.18).
Les disciples ont-ils eu de la facilité à relier la prophétie et son accomplissement ? Pas tout de suite ! Jésus reprocha à ses disciples d’être des hommes « dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes » (Lc 24.25). Comme les prophètes, les apôtres avaient besoin que l’Esprit de Christ leur ouvre l’intelligence. Mais, une fois établi le lien entre la prophétie et le Seigneur Jésus-Christ, l’accomplissement de la prophétie devint une force précieuse et puissante dans l’enseignement apostolique. L’apôtre Paul écrit : « Or, tout ce qui a été écrit d’avance l’a été pour notre instruction, afin que, par la patience, et par la consolation que donnent les Écritures, nous possédions l’espérance » (Rm 15.4). Pierre considérait la prophétie accomplie comme « une lampe qui brille dans un lieu obscur » (2 Pi 1.19).
Le Nouveau Testament est parsemé de citations de l’Ancien Testament et d’allusions à celui-ci qui rapprochent Jésus et la prophétie. L’usage que les apôtres font de l’Ancien Testament pouvait varier. Matthieu et les autres évangélistes attirent l’attention sur la prophétie et son accomplissement des dizaines de fois, par des formules d’introduction telles que « alors s’accomplit ce qui avait été annoncé par le prophète » ou « car il est écrit ». Ces formules sont suivies de citations directes. On en compte plus de quatre douzaines dans les Évangiles et les Actes. Pierre et Jean citèrent le Psaume 118.22 en Actes 4.11 – « la pierre rejetée par vous qui bâtissez, et qui est devenue la principale de l’angle » – afin de faire comprendre au sanhédrin ce que les Juifs avaient fait et ce que Dieu en avait fait. Étienne, en Actes 7, se servit des récits historiques de l’Ancien Testament pour se défendre de l’accusation de s’opposer à la Loi et au Temple. Son collègue diacre Philippe proposa à l’Éthiopien une interprétation d’Ésaïe 53 centrée sur le Christ (Ac 8.32-33). Outre les citations directes, le Nouveau Testament fait écho à l’Ancien par le choix de ses mots et de ses expressions. Les paroles venues du ciel lors de la Transfiguration en sont un bon exemple (Mt 17.5). « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » est tiré du Psaume 2.7 ; « en qui j’ai mis toute mon affection » vient d’Ésaïe 42.1 ; et les derniers mots, « écoutez-le », viennent de Deutéronome 18.15.
Et nous, qui vivons entre la première et la seconde venue de Jésus ? Nous avons la Parole apostolique comme témoignage irréfutable sur le Jésus de l’histoire. Notre foi, née de la Parole, est fortifiée chaque fois que nous entendons le témoignage de l’Écriture sur la naissance, la mort, la résurrection et l’ascension de notre Seigneur. Nous croyons, même si Jésus n’est pas avec nous dans la chair comme il l’a été autrefois avec ses disciples. Pourquoi croyons-nous ? Parce que l’Esprit de Christ nous convainc que Jésus a vécu, qu’il est mort et qu’il est ressuscité pour nous.
Certains diront : il y en a eu d’autres qui se sont attribué une mission spirituelle. Eux aussi sont des personnages historiques ! Qu’en est-il de Gautama Bouddha et de Mahomet ? De Zoroastre et de Confucius ? De Joseph Smith et de David Koresh ? Les religions non chrétiennes ont revendiqué l’âme des hommes en s’appuyant sur l’éthique, le charisme, l’acuité intellectuelle ou la haute sensibilité morale de personnages hors du commun qui surgissent périodiquement dans l’histoire. Le christianisme est différent. Il est la vraie révélation du vrai Dieu par un vrai homme, dont la venue a été annoncée par des porte-parole divinement inspirés dès le tout début de l’histoire. Le Seigneur Jésus-Christ est unique. Il est la Parole incarnée, comme le déclare le premier chapitre de l’Évangile de Jean. Les religions humaines définissent Dieu avec des mots humains, prononcés par des langues humaines. Dieu seul se définit lui-même. Il est le « JE SUIS CELUI QUI SUIS » d’Exode 3.14. Les prophéties concernant la Parole incarnée préparent le terrain pour la vie unique de Jésus. Le témoignage des apôtres ferme la porte à tout doute quant à son caractère unique. « Nous tenons pour d’autant plus certaine la parole prophétique », « à laquelle vous faites bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur » (2 Pi 1.19).
Mais une question se pose alors : comment prêter attention aux prophètes lorsqu’ils parlent du Seigneur Jésus-Christ ? Comment garder allumée la lampe de la vérité prophétique ? Puisque notre nature pécheresse combat l’Esprit de Christ en nous, nous pouvons poser une meilleure question : comment éviter d’éteindre la lumière de la prophétie ?
Ignorer le lien entre les prophètes et les apôtres éteindra la lumière de la prophétie. L’Écriture forme une unité. Comme les deux yeux de notre visage, chacun des deux Testaments voit le Christ. L’un anticipe. L’autre accomplit. Ensemble, ils nous donnent une « vision en relief » spirituelle. Les prophéties de l’Ancien Testament sont comme les fils d’une grande tapisserie ou comme les touches de peinture sur la toile d’un artiste. Collez votre nez contre l’œuvre d’art, et peu de choses sont claires. Prenez du recul, et la scène devient évidente et saisissante. Lorsque nous prenons du recul et prêtons attention à la fois à la prophétie et à son accomplissement, nous pouvons dire avec le prophète Ésaïe et l’apôtre Paul : « Ceux à qui il n’avait point été annoncé verront, et ceux qui n’en avaient point entendu parler comprendront » (Rm 15.21 ; Es 52.15).
Une autre manière d’éteindre la lumière prophétique consiste à se servir de l’Ancien Testament pour définir le Nouveau, au lieu de faire l’inverse. Nous savons que l’un de nos yeux est dominant. Il en va de même pour l’Écriture. Au sujet de la relation d’alliance que Dieu a établie avec Israël au mont Sinaï, le Nouveau Testament déclare : « Christ est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient » (Rm 10.4). La justification des pécheurs par la foi, sans les œuvres, est au cœur de la question. L’histoire de l’infidélité d’Israël dans l’Ancien Testament est une gigantesque démonstration que les êtres humains sont incapables de tenir un engagement de fidélité envers Dieu. Jésus n’est pas venu pour être un nouveau législateur et placer de nouveau l’humanité sous le joug. Il est plutôt venu comme le seul être humain de toute l’histoire capable d’être saint et de le demeurer. Il l’a fait afin que Dieu puisse imputer la justice de son Fils à tous, comme un don gratuit. La parole prophétique est comme un cadre magnifique autour d’un beau portrait du Sauveur. Elle est une monture splendide pour le joyau éblouissant de la vie parfaite du Christ.
L’Écriture nous fournit elle-même une image. L’Ancien Testament est une ombre, tandis que le Nouveau Testament est la réalité. Paul le dit en Colossiens 2.17, à propos des observances cérémonielles de l’Ancien Testament : « c’était l’ombre des choses à venir, mais le corps est en Christ ».2 L’auteur de l’épître aux Hébreux (10.1) traite des sacrifices sanglants de l’Ancien Testament, tels que Dieu les avait ordonnés par Moïse. Ces sacrifices ne sont qu’« une ombre des biens à venir, et non l’exacte représentation des choses ».3
La vérité de l’Ancien Testament s’épanouit dans le Nouveau. Les paroles des prophètes sont des boutons. La fleur tout entière est dans le bouton, mais la vérité y est étroitement enveloppée et en partie cachée. La vérité n’est pleinement vue ni appréciée que lorsque la fleur s’ouvre. Jésus est la fleur épanouie.
Une autre manière encore d’étouffer la puissance du témoignage prophétique consiste à altérer le texte. La Parole a le dernier mot. Le premier et le dernier des auteurs de l’Écriture, Moïse (Dt 4.2 ; 12.32) et Jean (Ap 22.18-19), mettent solennellement en garde contre toute altération de la Parole de Dieu. Nous ne devons jamais trouver dans le message des prophètes, au sujet du Christ, quoi que ce soit qui s’ajoute à ce que les apôtres proclament clairement. Nous ne pouvons pas non plus retrancher aux prophètes toute l’étendue de la compréhension inspirée qu’ils ont apportée, sous l’impulsion de l’Esprit, au mystère du Christ.
Quelle part de l’Ancien Testament est prophétie ? Sa totalité ? Sa plus grande partie ? Certaines parties ? Seulement les passages que le Nouveau Testament identifie clairement comme prophétiques ? La réponse que nous donnons à cette question a une incidence sur l’interprétation.
Paul affirme que les membres de la maison de Dieu ont été « édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire » (Ep 2.20). Paul enseigne ainsi que deux groupes d’auteurs ont posé le fondement de notre foi. Les apôtres étaient des témoins. Mais les prophètes l’étaient aussi. Les apôtres savaient que la prophétie ne se limitait pas aux seize prophètes écrivains (d’Ésaïe à Malachie) que nous associons spontanément à la prophétie. L’auteur de l’épître aux Hébreux dit : « Pour Moïse, il a été fidèle dans toute la maison de Dieu, comme serviteur, pour rendre témoignage de ce qui devait être annoncé » (Hé 3.5). L’apôtre Pierre affirme : « Tous les prophètes qui ont successivement parlé, depuis Samuel, ont aussi annoncé ces jours-là. Vous êtes les fils des prophètes… » (Ac 3.24-25). Pierre dit de David : « Comme il était prophète, et qu’il savait que Dieu lui avait promis avec serment de faire asseoir un de ses descendants sur son trône, c’est la résurrection du Christ qu’il a prévue et annoncée… » (Ac 2.30-31). Moïse, Samuel et David sont de dignes représentants des hommes de Dieu qui ont parlé dans les trois parties de la Bible hébraïque : la Loi, les Prophètes et les Écrits.
Est-ce aller trop loin que de dire que tout l’Ancien Testament est prophétie ? Les trente-neuf livres de l’Ancien Testament ne contiennent-ils pas de l’histoire, des biographies, des instructions morales, des songes, des discussions et bien d’autres choses encore ? Si, assurément. Ces éléments de la condition humaine anticipent la pleine humanité de Jésus, en particulier ces détails non consignés qui, selon l’apôtre Jean, rempliraient le monde entier de livres (Jn 21.25). Nous tenons que « en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité » (Col 2.9). De plus, nous croyons l’apôtre Paul lorsqu’il dit : « Vous avez tout pleinement en lui » (Col 2.10). Non, ce n’est pas aller trop loin que de dire que chaque partie de l’Écriture inspirée désigne d’une manière ou d’une autre le Christ, et que, par la Parole de Dieu, Ancien et Nouveau Testament, nous pouvons nous approprier la plénitude promise que Dieu veut nous donner en Christ. Nous avons cet encouragement : « demeure dans les choses que tu as apprises, et reconnues certaines, […] les saintes lettres, qui peuvent te rendre sage à salut par la foi en Jésus-Christ » (2 Tm 3.14-15). Luther a écrit dans son commentaire de 2 Samuel 23.1-5 :
Nous, chrétiens, possédons le sens et la portée de la Bible, parce que nous avons le Nouveau Testament, c’est-à-dire Jésus-Christ, qui a été promis dans l’Ancien Testament, qui est ensuite apparu et qui a apporté avec lui la lumière et le vrai sens de l’Écriture… Car c’est là le point capital dont tout dépend. Celui qui n’a pas ou ne veut pas cet Homme, véritablement et comme il convient, qui s’appelle Jésus-Christ, Fils de Dieu, que nous, chrétiens, prêchons, qu’il ne touche pas à la Bible – voilà ce que je conseille. Il n’aboutira certainement à rien. Plus il étudiera, plus il deviendra aveugle et stupide, qu’il soit juif, tartare, turc, chrétien, ou quel que soit le nom qu’il veuille se donner.4
Il n’est pas nécessaire que chaque partie de l’Ancien Testament soit prophétique au même degré. Certaines choses que disent les prophètes ressortent comme des projecteurs. D’autres ne projettent qu’une ombre pâle. Les contributions des prophètes ne sont pas sans rappeler celles des membres qui forment l’Église, le corps du Christ. Chaque membre fait partie du corps, mais tous les membres ne sont pas des yeux ou des oreilles. Certains membres remplissent des fonctions moindres, mais néanmoins importantes. Le cadre dans lequel l’Ancien Testament place le Christ a de nombreux angles. La monture a de nombreuses facettes. Le bouton a de nombreux pétales. L’ombre a de nombreux contours.
Il est toujours sage de commencer par les passages que le Nouveau Testament identifie comme des accomplissements de la prophétie. Ce sont les projecteurs qui ressortent. Ce sont les lumières grâce auxquelles nous apprenons à sonder avec soin le reste de l’Ancien Testament. Les prophéties identifiées nous montrent le Saint-Esprit à l’œuvre comme interprète. Une chose nous frappera immédiatement : la plupart des citations concernent la personne et l’œuvre de Jésus. Parfois, nous saisissons immédiatement le lien entre la prophétie et son accomplissement. Parfois, l’interprétation du Saint-Esprit n’est pas celle à laquelle nous nous attendrions. Cela souligne pourquoi les prophètes devaient sonder leurs prophéties avec diligence.
Les prophéties citées dans le Nouveau Testament touchent tous les aspects du Sauveur : qui est Jésus, ce qu’il est venu faire, où il devait paraître, quand et comment le plan de Dieu serait mis à exécution, et pourquoi Jésus est si important. Quelques exemples suffiront à l’illustrer. Selon David, Jésus est à la fois le Seigneur Dieu (Ps 110.1 ; Mt 22.44) et vrai homme (Ps 8.4-6 ; Hé 2.6-8) ; pourtant il était sans péché, selon Ésaïe (53.9 ; 1 Pi 2.22). Le ministère de Jésus devait se dérouler en Galilée, comme l’avait dit Ésaïe (9.1-2 ; Mt 4.15-16).5 Pourtant, le Sauveur devait paraître à Jérusalem, selon Zacharie (13.7 ; Mt 26.31). Jésus est venu instruire l’humanité dans les voies de Dieu (Ps 78.2 ; Mt 13.35), porter les infirmités et les maladies des hommes (Es 53.4 ; Mt 8.17) et guérir leurs blessures, comme Ésaïe l’avait prédit (53.5 ; 1 Pi 2.24). Selon Zacharie, ses disciples l’abandonneraient (13.7 ; Mt 26.31) et le laisseraient être percé par ses ennemis (12.10 ; Jn 19.37). Il serait pendu, maudit, au bois (Dt 21.23 ; Ga 3.13).6 Et pourtant, aucun des os de son corps ne serait brisé (Ps 34.20 ; Jn 19.36),7 et son corps ne pourrirait pas non plus dans le tombeau (Ps 16.10 ; Ac 2.31). Il siégerait au contraire dans la gloire, à la droite de Dieu (Ps 110.1 ; Ac 2.34). Le salut se manifesterait dans les derniers jours et s’accompagnerait d’une effusion du Saint-Esprit (Jl 2.28-32 ; Ac 2.17-21). L’Esprit, à son tour, serait répandu par la prédication, selon Ésaïe (61.1-2 ; Lc 4.18-19). Et pourquoi cette effusion ? « Tous les prophètes rendent de lui le témoignage que quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés » (Ac 10.43).
Une fois que nous avons épuisé l’étude des prophéties directement rapportées à Jésus, nous prenons place aux côtés des prophètes qui « ont fait de ce salut l’objet de leurs recherches et de leurs investigations, voulant sonder l’époque et les circonstances marquées par l’Esprit de Christ qui était en eux » (1 Pi 1.10-11). Dans le cadre d’un bref exposé, il ne sera possible d’offrir qu’un échantillon de ce que l’on peut y trouver. Nous nous appuierons sur les paroles du deuxième article du Symbole des apôtres, qui résume la doctrine apostolique concernant Jésus. En regard des mots et des expressions du Symbole qui décrivent Jésus, nous rassemblerons les notions et les thèmes de l’Ancien Testament qui ont anticipé la pleine vérité du message du Nouveau Testament.
Nous croyons en Jésus. Jésus est le nom particulier choisi par Dieu pour le fils de Marie (Lc 1.31).8 Il signifie « le Seigneur sauve ». L’Ancien Testament est une succession d’actes de salut de la part du Seigneur : Noé et sa famille préservés dans l’arche (Gn 6-9), la descendance de Jacob conduite à travers la mer Rouge (Ex 14), Israël porté sur des ailes d’aigle jusqu’à la montagne de Dieu (Ex 19.4) et jusqu’à la Terre promise, comme des brebis conduites par un berger (Ps 78.52-55), Balaam le devin mis en échec dans sa mission de maudire le peuple de Dieu (Nb 22-24), Josué à Ajalon lorsque le soleil s’arrêta (Jos 10) et lors de ses adieux, lorsqu’il rappela les actes de salut accomplis par Dieu dans le passé (Jos 24),9 Gédéon remportant la victoire près de Moré avec une simple poignée d’hommes (Jg 7), Samuel redressant le sort d’Israël à Ében-Ézer (1 S 7), David abattant Goliath (1 S 17), Esther lors de Pourim, Daniel dans la fosse aux lions (Dn 6), et le reste d’Israël ramené à Sion au temps d’Esdras et de Néhémie.
Nous croyons en Jésus-Christ. Christ signifie « oint ». Jésus était appelé à accomplir tout ce que les oints de l’Ancien Testament avaient tenté de faire sans y parvenir. Le sacerdoce d’Aaron a pourvu aux besoins spirituels du peuple de Dieu à Silo pendant près de 400 ans. Les prêtres étaient oints pour offrir des sacrifices (Hé 5.1), pour distinguer ce qui était rituellement pur de ce qui était impur (Lv 10.10) et pour enseigner le peuple (Lv 10.11 ; Ml 2.7). Pourtant, les prêtres n’ont pas satisfait à la norme de perfection exigée par Dieu. Les prêtres étaient des pécheurs, depuis Aaron, qui façonna le veau d’or (Ex 32.1-6), jusqu’aux fils d’Éli, qui profanèrent le sanctuaire par leur débauche (1 S 2.12-17, 22, 25).10
Dieu oignait des rois pour paître la nation (2 S 5.2 ; 7.7) et pour être les gardiens de la vérité de Dieu (Dt 17.18-20). Certains, comme David et Salomon, ont pourvu aux besoins spirituels du peuple, mais tous avaient des pieds d’argile. Le péché de David avec Bath-Schéba et le meurtre d’Urie déclenchèrent une série de révoltes qui déchirèrent le tissu du royaume. Malgré toute sa sagesse, Salomon ne régna pas bien lorsqu’il transgressa les trois interdits établis par Moïse (Dt 7.25) et par Josué (Jos 23.7, 12) : les mariages mixtes, les traités avec les Cananéens et l’idolâtrie. Saül, le premier roi d’Israël, se donna la mort (1 S 31.4). Sédécias, le dernier roi de Juda, eut les yeux crevés après avoir vu massacrer la descendance royale, tandis que Jérusalem et le Temple se consumaient (2 R 25.7).
Les prophètes étaient oints pour dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité (1 R 17.24 ; 22.16). Au cours des dernières années de l’Ancien Testament, les prophètes dominaient la scène. Ils prêchaient le péché et proclamaient la grâce afin d’épargner à un Israël corrompu et idolâtre les malédictions de la Loi qu’il méritait si largement. Les prophètes, toutefois, n’ont pas enrayé la chute d’Israël vers la destruction. L’échec de ceux-ci, et de tous les « christs » de l’Ancien Testament, a appris à Israël à espérer la venue d’un Christ meilleur.
Nous croyons en Jésus-Christ, son Fils unique… Parlant au nom de Dieu, le prophète Osée dit : « Quand Israël était jeune, je l’aimais, et j’appelai mon fils hors d’Égypte. Mais ils se sont éloignés de ceux qui les appelaient » (Os 11.1-2). Le Seigneur a choisi Israël parmi toutes les nations pour manifester son désir d’inclure le genre humain dans sa famille. Par l’alliance conclue au Sinaï, le Père céleste a distingué Israël comme le premier-né de toutes les nations (Ex 4.22 ; Jr 31.9).
Cette vérité était renouvelée à chaque génération par le rachat des premiers-nés (Ex 13.11-13). À la sortie d’Égypte, les premiers-nés des tribus furent rachetés par la mise à part d’un homme de la tribu de Lévi pour chaque premier-né. Comme il n’y avait pas assez de Lévites, quelques premiers-nés durent être rachetés moyennant cinq sicles d’argent (Nb 3.11-13, 41). Au cours des générations suivantes, on continua de racheter les premiers-nés à prix d’argent.11 Les Lévites restèrent le « prix du rachat » pendant tout le reste de l’Ancien Testament. Leurs fonctions particulières consistaient à servir à l’autel, à brûler les sacrifices et à enseigner la loi (Dt 33.8-10). « Premier-né » est aussi un terme employé pour désigner l’héritier messianique du trône de David (Ps 89.27).
Si forte que fût la notion de premier-né dans l’Ancien Testament, ni les Lévites ni les Israélites ne pouvaient faire plus qu’anticiper le Fils unique de Dieu. Israël ne pouvait pas répondre à l’amour parfait d’un Père par un amour parfait qui lui fût propre. Dès le tout début, Israël se comporta en fils prodigue. « Nos pères en Égypte ne furent pas attentifs à tes miracles, ils ne se rappelèrent pas la multitude de tes grâces, ils furent rebelles près de la mer, près de la mer Rouge » (Ps 106.7). Les premiers chapitres des Juges nous racontent comment, génération après génération, le peuple s’est détourné de la foi. L’échec du « clergé » lévitique en Israël est mis en évidence dans les chapitres 17 à 19 des Juges. Plus tard, dix des tribus déshonorèrent leur droit d’aînesse en se prosternant devant des veaux (1 R 12.28-30), ce que leurs ancêtres avaient déjà fait au mont Sinaï (Ex 32.4, 8). Les royaumes d’Israël et de Juda se montrèrent excessivement religieux. Ils avaient des rites, des sacrifices et des dieux à profusion. Pourtant, les prophètes condamnent cette religion engendrée par de nombreux pères. Elle s’était éloignée de l’alliance du seul et unique Père. Elle était dépourvue de la charité du Père. En vérité, plus le Père répandait son amour sur Israël, plus son « fils » élu s’éloignait de lui. Israël, dans son égarement, a démontré que les humains pécheurs ne peuvent pas garder une alliance avec Dieu. Cette impossibilité est le thème des premiers chapitres de l’épître de Paul aux Romains.
Jésus-Christ, le Fils unique engendré du Père, a été le seul être humain à accomplir parfaitement la loi (Hé 4.15 ; Rm 5.17). Il était le vrai premier-né (Rm 8.29) de toute la création et de toute créature (Col 1.15-16), ainsi que le premier-né d’entre les morts (Ap 1.5). Par son œuvre, Jésus crée « l’assemblée des premiers-nés inscrits dans les cieux » (Hé 12.23). Matthieu (2.15) nous montre comment le Père céleste a appelé hors d’Égypte son premier-né, son Fils unique, tout comme il avait autrefois appelé Israël. Ce Fils a réussi là où Israël et les Lévites avaient échoué. Jésus était la « lumière pour éclairer les nations » et la « gloire d’Israël, ton peuple » (Lc 2.32).
Suite dans Partie 2 →
Notes
1 En anglais, on emploie le futur pour exprimer ce qui est anticipé. La grammaire hébraïque, elle, ne procède pas ainsi. L’hébreu fonctionne, dans son système verbal, avec les notions de certitude et d’incertitude. Des deux, la certitude est le véhicule privilégié pour exprimer la prophétie.
2 Le grec σκιά, « ombre », désigne l’image produite par l’interruption de la lumière, qui donne le contour sans les détails, tandis que le grec σῶμα, « réalité », désigne le corps physique.
3 Ici, le mot grec pour « réalité » est εἰκών, l’image même, par opposition à la ressemblance.
4 Cité dans Oswald & Robbert, Luther as Interpreter of Scripture (Concordia, 1982), p. 121.
5 Ésaïe annonce que la lumière messianique paraîtrait dans le pays de Zabulon et de Nephthali, c’est-à-dire en Galilée. Matthieu cite Ésaïe au moment où Jésus quitte Nazareth (en Zabulon) pour Capernaüm (en Nephthali).
6 La croix comme instrument de salut, et non de honte, est elle aussi prophétisée. Moïse éleva un serpent d’airain dans le désert pour sauver ceux qui allaient mourir (Nb 21.8-9). Jésus applique cette image au don de la vie éternelle obtenu par sa crucifixion (Jn 3.14-15).
7 Les os de l’agneau pascal ne devaient pas être brisés (Ex 12.46 ; Nb 9.12).
8 Tout au long des siècles qui ont précédé la naissance de Jésus, Dieu est intervenu pour donner ou changer des noms, souvent en lien avec des événements clés de l’histoire du salut. Le Seigneur donna de nouveaux noms à Abraham, « père d’une multitude » (Gn 17.5), à Sara, « princesse [de rois] » (Gn 17.15), et à Jacob, « celui qui lutte [avec Dieu] et l’emporte » (Gn 32.28). Les noms de nombreux croyants de l’Ancien Testament étaient de courtes phrases qui constituaient des témoignages, par exemple Élie, « Mon Dieu est le Seigneur ». Un ange donna au précurseur de Jésus le nom de « Jean », c’est-à-dire « Dieu fait grâce » (Lc 1.13, 60).
9 Dans ses adieux, Josué demanda à Israël s’il voulait garder l’alliance de Dieu. Lorsque le peuple répondit oui, Josué lui fit bien comprendre que le succès ne viendrait que par l’intervention de Dieu. Josué rappela l’appel d’Abraham, tiré de l’idolâtrie, la sortie d’Israël hors d’Égypte, l’échec de Balaam et la conquête de Canaan.
10 La Bible dépeint les dirigeants avec honnêteté, ce que les dirigeants des nations étrangères de l’Antiquité faisaient rarement. L’échec des dirigeants d’Israël offre un contraste voulu avec la réussite totale de Jésus, l’oint parfait.
11 Selon la Mishna, Berakot, viii, 8, cela se faisait le 40e jour après la naissance d’un enfant de sexe masculin. Marie et Joseph ont probablement suivi cette coutume en présentant Jésus (Lc 2.27).

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