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Il est venu en accomplissement de la prophétie
Partie 2 sur 2
Pasteur Dr. John C. Lawrenz
Présenté pour la première fois lors d’un symposium au Dr. Martin Luther College, en 1993 · Partie 1 · Partie 2
Nous croyons en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur. Le Dieu de la prophétie est la divinité qui se définit elle-même, le JE SUIS CELUI QUI SUIS. À ce titre, il est « l’Éternel [hébr. Yahweh], Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité, qui conserve son amour jusqu’à mille générations, qui pardonne l’iniquité, la rébellion et le péché, mais qui ne tient point le coupable pour innocent » (Ex 34.6-7). L’Ancien Testament le confirme. Le pardon, la vie et le salut apparaissent en Israël par pure grâce, alors même que l’échec et l’apostasie étaient partout. Les héritiers des patriarches reçurent leur héritage de manière inattendue. Isaac naquit de parents qui avaient passé l’âge d’avoir des enfants (Hé 11.11). Jacob était le cadet des jumeaux (Gn 25.23). Juda était un quatrième fils (Gn 29.35) et un débauché (Gn 38). L’héritier de Juda était issu d’une union incestueuse (Gn 38.30). D’un épisode historique à l’autre, nous voyons à l’œuvre le principe soli deo gloria. La délivrance d’Israël hors d’Égypte suivit un plan auquel Dieu seul croyait. Israël murmura, Moïse perdit courage, mais Dieu tint bon (Ex 5). De même, la première grande victoire de Josué en Canaan, la prise de Jéricho, suivit un plan de bataille qui défiait toute sagesse militaire conventionnelle (Jos 6). Elle exigeait une confiance défiant la raison. Israël devait faire tomber les murailles de la ville par ses cris, après en avoir fait le tour en silence une fois par jour pendant six jours, puis sept fois le septième jour. Et cela fonctionna. Le mérite de la victoire d’Israël sur Jéricho revint à 100 % au Seigneur. D’autres « victoires arrachées aux griffes de la défaite », comme la déroute de Sanchérib au temps du roi Ézéchias (2 R 19), annoncent les actes universels de grâce et de jugement qui préfigurent la première et la seconde venue de notre Seigneur Jésus-Christ. Le salut par la grâce seule est le thème des épîtres de Paul, en particulier de l’épître aux Romains et de l’épître aux Galates.
Le jugement fut le lot d’Israël lorsqu’il repoussa la grâce. Pensez à l’armée d’Israël à Horma. Le Seigneur avait condamné son peuple à quarante ans d’errance parce qu’il avait refusé de combattre aux côtés du Seigneur pour conquérir Canaan. Lorsque le peuple changea d’avis, il fut durement battu (Nb 14.44-45). Pensez à l’usage blasphématoire que les fils d’Éli firent de l’arche sainte comme d’un porte-bonheur (1 S 4). Cela entraîna la destruction du premier sanctuaire, à Silo (Jr 7.12-14). Pensez à la manière dont Juda, apostat, tenait Jérusalem et le Temple pour inviolables au temps de Jérémie (Jr 4.10 ; 8.11), et à la manière dont Ézéchiel, dans une vision, vit la gloire de Dieu quitter la maison de Dieu (9.3 ; 10.18 ; 11.23).
Nous croyons en Jésus-Christ… qui a été conçu du Saint-Esprit, et qui est né de la vierge Marie. La naissance est apparue comme la porte du salut dès le jardin d’Éden. Là, Dieu promit de mettre fin à la tyrannie du péché et de l’auteur du péché par la descendance d’une femme. Le premier Évangile, Genèse 3.15, est remarquable. Le Seigneur formula son message dans un langage parfaitement adapté au monde d’Adam et Ève. Si le Seigneur avait employé des termes comme Bethléhem, Golgotha, le tombeau de Joseph, ou même Jésus, ces mots n’auraient été que des sons vides de sens pour Adam et Ève. La morsure d’un serpent et le fait d’écraser la tête d’un serpent étaient, en revanche, des expériences auxquelles Adam serait confronté dans un monde déchu. Adam et Ève verraient la puissance mortelle, mais pas nécessairement fatale, du venin. En même temps, ils apprenaient qu’un coup écrasant porté à la tête avait le pouvoir d’arrêter net un serpent dans sa reptation. Ainsi, Genèse 3.15 ressemble à une grande partie de la prophétie de l’Ancien Testament. Dieu employait des termes et des notions que les gens pouvaient comprendre à leur époque, sachant très bien que les yeux de la foi verraient la réalité lorsqu’elle viendrait enfin.
Pendant des générations, les naissances furent la preuve tangible de la promesse de Dieu. Par la descendance d’Abraham, toutes les nations de la terre seraient bénies (Gn 12.3). Dieu dit à David qu’un descendant de sa lignée supplanterait le désir de David de bâtir une maison de culte pour le Seigneur (2 S 7.11-16). Le Rameau d’Ésaïe (11.1), issu de la souche morte de Jessé, de Juda, était l’enfant merveilleux d’Ésaïe (9.6-7) et le fils de la vierge qu’il voyait de loin (7.14). Michée dit que cet enfant naîtrait à Bethléhem (5.2). En raison de son importance, la naissance était la bénédiction suprême d’une femme. À l’inverse, la stérilité était une croix à porter. Avec la naissance venait l’espérance que l’antidote de la mort était proche. Le fil d’or qui traverse tout l’Ancien Testament, c’est que Dieu, de toute éternité, concevrait un Fils afin de sauver l’humanité. Ève l’a cru. Ésaïe l’a promis. Marie l’a vécu.
Même le Tabernacle, et son successeur, le Temple, proclamaient l’incarnation. Dieu est présent partout, comme Salomon le déclara dans sa prière de dédicace (1 R 8.27). Pourtant, Dieu dit à son peuple qu’il y aurait aussi un lieu particulier, désigné par lui, où il révélerait son nom (Dt 12.5). Le Tabernacle, une tente, remplit cette fonction depuis l’époque de Moïse jusqu’à la mort d’Éli. La tente était liée à la promesse de Dieu depuis le déluge. Noé avait alors plongé un regard prophétique dans l’avenir. Il vit la bénédiction de Dieu demeurer dans les tentes de Sem, à l’ombre desquelles les autres branches de l’humanité trouveraient la bénédiction (Gn 9.27).
De Salomon au Christ, le sanctuaire fut un édifice de maçonnerie, le Temple de Jérusalem. Tente mobile ou édifice fixe, le sanctuaire comportait un parvis destiné aux ablutions et aux sacrifices. Dans le cadre de la pleine révélation de sa grâce dans le Nouveau Testament, Jésus a institué des sacrements, l’un d’ablution, l’autre de son corps et de son sang. Jésus compara son corps au sanctuaire (Jn 2.19-21), et les Juifs l’accusèrent de menacer de détruire le Temple de Jérusalem (Mc 14.58). Dans son premier chapitre, l’apôtre Jean parle de la Parole qui a « dressé sa tente » pour un temps parmi son peuple (Jn 1.14). Le voile du Temple déchiré à la mort de Jésus signifiait la fin du sanctuaire terrestre comme représentation de la demeure de Dieu (comparer Mt 27.51 et Hé 10.20).
Nous pouvons même considérer le mobilier du sanctuaire comme chargé de sens. Le lieu saint, à l’intérieur du sanctuaire, contenait un chandelier et une table des pains. Jésus s’est désigné lui-même comme le pain de vie (Jn 6.31-35) et la lumière du monde (Jn 8.12 ; 9.5). L’arche de l’alliance, dans le lieu très saint, contenait trois objets : la manne, les deux tables de pierre et la verge d’Aaron (Hé 9.4). Le vase de manne rappelle les soins providentiels de Dieu dans le désert. Sur les tables de pierre était gravée la Parole de Dieu, donnée par Dieu à son prophète Moïse. La verge d’Aaron s’y trouvait parce que Dieu s’en était servi pour confirmer la légitimité d’Aaron comme celui qui avait été choisi pour offrir les sacrifices pour le péché. Jésus est le Christ, « l’Oint ». À ce titre, il est le Roi de la providence, la Parole prophétique et celui qui a offert le sacrifice satisfactoire en tant que parfait Souverain Sacrificateur de l’humanité. C’est sur le couvercle de l’arche que l’on aspergeait le sang de l’expiation. Par le sang de Jésus, Dieu et les pécheurs sont réconciliés (Rm 3.25 ; 5.10).
Nous croyons en Jésus-Christ… il a souffert sous Ponce Pilate. Rien dans la prophétie n’égale ce que le Saint-Esprit a révélé à Israël au sujet de la passion du Christ. Les Psaumes 41 et 55 parlent de celui qui l’a trahi. Ésaïe 53 décrit la profondeur de l’humiliation du Christ dans la mort. Le Psaume 22 nous donne les paroles mêmes que Jésus a prononcées lorsqu’il souffrait les tourments de l’enfer sur la croix.
À ces prophéties directes, il faut ajouter la riche imagerie prophétique des sacrifices. Chaque agneau, chaque bouc ou chaque taureau qui versait son sang anticipait le sacrifice de Jésus. Un certain nombre d’actes étaient prescrits dans le rituel sacrificiel de l’Ancien Testament. L’offrande devait être apportée en un lieu désigné par Dieu. Elle devenait un substitut, par l’imposition des mains. Un sacrifice exigeait la mort. Il mettait l’accent sur l’aspersion du sang pour l’expiation. Une partie en était consumée par le feu. La portée de ces actes est considérable. Jésus, et Jésus seul, est le sacrifice choisi par Dieu. Il est notre substitut. Rien de moins que sa mort ne pouvait suffire à payer pour les péchés. Son sang nous couvre. Paul dit de Jésus : « C’est lui que Dieu a destiné, par son sang, à être, pour ceux qui croiraient, victime propitiatoire » (Rm 3.25), et : « Christ, qui nous a aimés, et qui s’est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur » (Ep 5.2).
Les sacrifices sanglants de l’Ancien Testament ne payaient pas réellement pour le péché. Ils étaient offerts pour les péchés involontaires, commis par des croyants dans un moment de faiblesse (Lv 4.1). Les sacrifices étaient apportés par des croyants qui avaient besoin de l’assurance que leurs péchés de faiblesse ne les retrancheraient pas de Dieu ni de l’assemblée d’Israël.
Les quatre sacrifices sanglants sont traités dans le Lévitique, aux chapitres 1 à 7. Les offrandes sacrificielles étaient généralement apportées par paires. Le sacrifice d’expiation reconnaissait qu’un péché particulier menaçait la relation entre le pécheur et Dieu. Il était généralement accompagné d’un holocauste. Parce qu’il était entièrement brûlé, l’holocauste proclamait le pardon total offert par Dieu. Le sacrifice de culpabilité était apporté lorsqu’une personne reconnaissait avoir péché contre son prochain. Il était généralement associé à un sacrifice de communion, dont une partie était consumée sur l’autel et une autre partagée lors d’un repas de réconciliation. Chaque agneau, chaque bouc ou chaque taureau qui versait son sang anticipait le sacrifice de Jésus. Le grand jour des Expiations a trouvé son accomplissement lorsque Jésus a répandu son sang saint et précieux pour satisfaire, une fois pour toutes, la justice d’un Dieu saint qui voulait en même temps manifester son amour qui justifie. « Nous sommes sanctifiés, par l’offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes » (Hé 10.10).
Nous croyons en Jésus-Christ… il est descendu aux enfers ; le troisième jour, il est ressuscité des morts ; il est monté au ciel ; il s’est assis à la droite de Dieu, le Père Tout-Puissant, et il viendra de là pour juger les vivants et les morts. L’exaltation de Jésus, lui qui avait volontairement tout donné pour sauver l’humanité, est largement préfigurée chez les prophètes. Presque tous annoncent un retournement de situation dans les derniers jours, les uns dans un langage simple et direct, les autres dans des visions spectaculaires. Un Israël humilié sera restauré. Des ossements desséchés reprendront vie (Ez 37). Les guerres cesseront (Es 2.4 ; Mi 3.4). La mort perdra son aiguillon (Os 13.14, cité en 1 Co 15.55). La captivité sera emmenée captive (Ps 68.18, cité en Ep 4.8). Le Seigneur montera dans les hauteurs (Ps 68.18 ; Ac 1.11). Dieu régnera au milieu de son peuple (Za 9.9-13 ; Mt 21.5). Ceux qui appartiennent au Seigneur trouveront leur repos (Jr 50.34 ; Mt 11.28).
Le survol qui précède des prophéties et des thèmes prophétiques n’est qu’un survol, mais il donne une idée de l’ampleur avec laquelle le Seigneur Jésus-Christ est prédit et préfiguré. Certains des éléments mentionnés ci-dessus sont des prophéties que le Nouveau Testament identifie comme telles. D’autres ne le sont pas. C’est à ces derniers que sont consacrés les paragraphes suivants. Jusqu’où un interprète peut-il aller lorsqu’il voit le Christ dans l’Ancien Testament ?
Dieu a donné à Israël un enseignement approfondi sur le thème du repos. Inscrit au cœur des dix commandements se trouvait le commandement divin de se reposer le septième jour (Ex 20.8-11 ; Dt 5.12-15). La septième année était une année de repos pour les champs, les vergers et les vignes (Lv 25.1-7). C’était aussi le moment d’affranchir les esclaves et de remettre les dettes (Ex 21.2 ; Dt 15.1-15). L’année qui suivait chaque septième année sabbatique, c’est-à-dire la cinquantième année, les terres ancestrales revenaient à leurs propriétaires (Lv 25.13). Sabbat signifie repos. Jésus accomplit le sabbat, selon l’épître aux Hébreux (4.1-13), par le don de la vie éternelle.
Mais qu’en est-il du repos du septième mois ? Est-il légitime de voir dans les fêtes du septième mois le même repos dont parle l’épître aux Hébreux ?
Notre méthode consistera à partir de ce que nous savons pour arriver à une réponse à notre question. Nous commençons par la Pâque, la grande fête du premier mois. Le Nouveau Testament traite la fête de la Pâque de manière assez détaillée comme une prophétie accomplie. Paul a identifié Jésus comme l’agneau pascal immolé (1 Co 5.7). L’apôtre Jean note que la mort de Jésus a eu lieu à la Pâque (Jn 13.1). Deux jours de suite, Jean-Baptiste a reconnu en Jésus l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde (Jn 1.29, 36). En des termes qui font écho à la description de l’agneau pascal donnée en Exode 12.5, Pierre a dit : « vous avez été rachetés […] par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache » (1 Pi 1.18-19). Rappelant la gerbe des prémices de la moisson, agitée devant le Seigneur le lendemain du sabbat qui suivait la Pâque (Lv 23.9-14), Paul appelle Jésus « les prémices de ceux qui sont morts » (1 Co 15.20). Paul annonce que la résurrection du Christ rendra ceux qui lui appartiennent capables de ressusciter eux aussi (1 Co 15.23). De plus, Jésus a célébré la Pâque avec ses disciples le Jeudi saint d’une manière qui ne peut se comprendre que comme un accomplissement. Le pain et le vin du repas pascal ont été consacrés par Jésus pour servir de signes d’une nouvelle alliance. Ces aliments de la Pâque seraient les signes extérieurs dans, avec et sous lesquels les croyants recevraient le corps et le sang offerts pour la rémission des péchés de l’humanité. La Pâque était, en outre, une fête de victoire. Le sacrifice de la Pâque en Égypte avait détourné l’ange de la mort. Il marquait la libération de l’esclavage. La mort de Jésus, sacrifice pascal accompli, anticipait la défaite de la mort le troisième jour. La résurrection du Christ a rendu possible la déclaration par laquelle Dieu nous affranchit du péché. C’est le Christ, « lequel a été livré pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification » (Rm 4.25).
La Pâque était la première des trois fêtes de pèlerinage qui exigeaient que tout homme adulte d’Israël se présente devant le Seigneur (Ex 23.14-17). Elle était si importante que Dieu ordonna aux pères hébreux d’en enseigner la signification à leurs enfants (Ex 12.26-27). Chaque année, les pères racontaient à leurs enfants comment Dieu avait fait sortir Moïse et Israël de la servitude d’Égypte, à main forte et à bras étendu. Jésus, Jean-Baptiste et Paul ont bien appris ces leçons dans leur enfance. Ils ont aussi appris ce qu’était la fête de pèlerinage qui, cinquante jours après la Pâque, marquait la fin de la moisson annuelle des céréales (Lv 23.15-22 ; Nb 28.26-29) et rappelait le don des dix commandements au mont Sinaï.12 Les apôtres en ont célébré l’accomplissement sept semaines après la mort et la résurrection de Jésus. En ce jour mémorable de la Pentecôte, le Saint-Esprit a répandu sa puissance sur un peuple de Dieu régénéré, non pas un peuple placé sous la loi de l’Ancien Testament, mais un nouvel Israël affranchi par l’Évangile.
L’Écriture apostolique enseigne que la Pâque et la Pentecôte se sont accomplies dans les événements mémorables qui ont mené la première venue du Christ à sa conclusion triomphale. Mais qu’en est-il de la troisième fête de pèlerinage, la fête des Tabernacles, qui tombait au milieu du septième mois de l’année juive de l’Ancien Testament ? Qu’en est-il de cette célébration d’une semaine, connue au temps de Jésus sous le nom de « la grande fête » ?13 Et qu’en est-il du jour saint qui ouvrait le septième mois, la fête des Trompettes ? Ni l’une ni l’autre de ces fêtes n’est expressément expliquée dans une perspective d’accomplissement, bien que le jour des Expiations, qui tombait entre les deux au septième mois, le soit assurément.
Que représentaient ces fêtes du septième mois dans leur cadre vétérotestamentaire ? La fête des Trompettes était la principale fête de nouvelle lune de l’année. Elle ouvrait le septième mois. Ce jour-là, les prêtres sonnaient de la trompette (Lv 23.23-25 ; Nb 29.1-6). Le jour des Expiations, dix jours plus tard, était pour le peuple un jour de jeûne et de renoncement à soi-même (Lv 16.29 ; 23.27-32). Ce jour-là, le souverain sacrificateur juif ôtait ses beaux vêtements sacerdotaux et entrait dans le lieu très saint avec le sang d’un sacrifice pour faire l’expiation de ses propres péchés et de ceux d’Israël (Lv 16 ; 23.26-32). Par contraste, la fête des Tabernacles était une semaine de réjouissances qui commençait à la pleine lune du septième mois. Elle marquait la récolte des fruits de l’été, qui avaient mûri malgré l’absence de pluie durant les six mois précédents. La fête des Tabernacles était le moment où l’on quittait la maison familiale pour vivre dans des abris provisoires. Ces habitations de fortune rappelaient les abris provisoires dont Israël s’était servi pendant les quarante années d’errance dans le désert qui avaient précédé son entrée dans la Terre promise (Lv 23.33-43). La fête des Tabernacles était le moment où les rois de l’Ancien Testament lisaient la loi de Moïse et faisaient la dédicace de choses nouvelles (2 Ch 5.3 ; Né 8.14-18). Le prophète Zacharie clôt sa vision de l’avenir sur l’image de gens de toutes les nations affluant à Jérusalem pour célébrer la fête des Tabernacles (14.16-21).
Le Nouveau Testament expose des vérités qui rappellent les fêtes du septième mois, même si aucune d’elles n’établit explicitement le lien. Notre héritage promis est dans les cieux (1 Pi 1.3-4). Il nous est dit que les bonnes œuvres que nous accomplissons par la foi en chemin vers notre « terre promise » nous suivront. Au ciel, nous jouirons des fruits de nos travaux inspirés par le Christ. Jésus parle d’un fruit qui dure : « que votre fruit demeure » (Jn 15.16). Cette pensée trouve un écho dans l’Apocalypse. Jean nous y dit que les œuvres des saints les suivent dans l’éternité (14.13). Mais nous ne recevrons notre héritage promis que si nous renonçons à nous-mêmes et à ce que nous avons fait (Mt 16.24 ; Mc 8.34 ; Lc 9.23) et si nous nous appuyons uniquement sur le sang expiatoire de Jésus (1 Jn 2.2 ; 4.10 ; voir aussi Rm 3.25 ; Hé 2.17). Les paroles prononcées par les saints au dernier jour ne seront pas des paroles d’autosatisfaction (Mt 25.37-39). L’espérance des saints sera le sang versé par Jésus. Ce sang est apporté au Père, dans son lieu très saint, par celui qui est à la fois prêtre et sacrifice (Hé 9.12, 24). L’auteur de l’épître aux Hébreux indique que l’expiation du Christ a été accomplie lors de sa première venue, puis il reporte la portée de cet acte d’expiation sur le jugement dernier : « il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement, de même Christ, qui s’est offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs, apparaîtra sans péché une seconde fois à ceux qui l’attendent pour leur salut » (9.27-28). Le jugement qui justifie sera précédé du son des trompettes (1 Co 15.52 ; 1 Th 4.16) et suivi d’un temps de célébration éternelle. Lorsque le Christ reviendra pour juger les vivants et les morts, il inaugurera une série d’événements qui apporteront le repos à ceux qui, durant leur vie, ont cru en la puissance de sa mort et de sa résurrection. En tant que Roi des rois, il donnera son sens à toute l’histoire humaine. En ce jour-là, il renouvellera le ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent.
Ne peut-on pas dire que les jours saints du septième mois du calendrier de l’Ancien Testament sont tout aussi prophétiques que la Pâque et la Pentecôte ? Bien sûr que si ! Les fêtes du septième mois anticipent le repos parfait que les croyants attendent lors de la seconde venue du Christ. Elles le font de la même manière que la Pâque et la Pentecôte ont jadis accompli les événements annoncés dans la révélation prophétique au sujet de sa première venue. Dieu s’est servi des périodes qui encadraient l’année agricole en Canaan pour rappeler à son peuple ses actes d’amour passés. Cela, nous le savons. De manière parallèle, Dieu a façonné les moissons du printemps et de l’automne pour préparer son peuple de l’Ancien Testament à son avenir glorieux en Christ. Le sens des trois fêtes du septième mois a ainsi été dégagé sans qu’aucune Écriture soit renversée. L’Écriture n’a pas été anéantie.
Si l’on y prend garde, la voie nous est ouverte pour nous nourrir de la plénitude du Christ dans l’Ancien Testament. En même temps, notre enthousiasme doit être tempéré par le fait que l’Église chrétienne a subi des violences à la suite d’une interprétation inconsidérée.
L’Église d’Orient fut fortement influencée par Origène, homme d’Église du IIIᵉ siècle, et par l’école d’interprétation établie à Alexandrie, en Égypte. Origène adaptait l’Écriture aux opinions savantes de son temps. On peut le considérer comme le père de toutes les tentatives modernes visant à contraindre l’Écriture à se conformer à la sagesse humaine. Origène était scandalisé par l’Écriture lorsque certaines de ses parties décrivaient la vie sans fard. Il ne supportait pas les contradictions apparentes du texte. Ni le réalisme cru ni une relation négligente des faits n’étaient dignes de la pensée de Dieu. En conséquence, Origène se persuada, et persuada ses disciples, de chercher un sens plus profond au-delà des affirmations claires de l’Écriture. Bientôt, il devint à la mode de voir plusieurs niveaux de sens cachés derrière chaque passage, en particulier dans l’Ancien Testament. Le sens simple et littéral de l’Écriture fut écarté au profit d’interprétations symboliques, figurées, moralisatrices et mystiques.
Une partie de tout cela pénétra dans l’Église d’Occident. Ce n’est cependant pas la philosophie qui fit dérailler l’interprétation, mais la tradition. Des hommes d’Église occupés et surchargés s’appuyèrent de plus en plus sur des opinions pieuses. Celles-ci furent rassemblées par des autorités ecclésiastiques respectées et transmises. La tradition se mua en droit canon lorsque la stabilité politique établie par l’Empire romain se désagrégea et que le vide qui en résulta fut comblé par le désordre et l’ignorance du Moyen Âge. À l’époque de Luther, l’Écriture était devenue la prisonnière de l’Église. L’Église médiévale avait ses enseignements traditionnels. Elle allait chercher dans la Bible des preuves, au lieu de faire l’inverse.
Luther tourna les regards des croyants vers l’autorité de l’Écriture elle-même. La Bible seule avait le pouvoir de s’expliquer elle-même, affirmait Luther. Le sens simple des mots dans leur contexte devait être pris au sérieux. Parce que la véritable Église appartenait à ceux qui se nourrissaient de la Parole et des sacrements, Luther s’attendait à ce que des cœurs bien nourris soient conduits par le Saint-Esprit à confesser la vérité avec justesse et discernement. Des laïcs armés de l’Écriture, pensait-il, étaient plus puissants que les papes et les conciles. À tous égards, Luther ramena ceux qui lisaient leur Bible au Seigneur Jésus-Christ, et non à la sagesse humaine ou à la tradition humaine.
Là où Luther s’est tenu, nous devons nous tenir. Nous ne devons pas aller au-delà de Luther pour forger à coups de marteau, à partir de l’Écriture, une construction dogmatique systématique et harmonisée de force. Il en résulterait un orthodoxisme mort. Nous ne devons pas non plus laisser un désir pieux de réformer les gens et d’imposer une communion chrétienne extérieurement meilleure nous détourner de la tâche ardue qui consiste à examiner les mots et le contexte de l’Écriture. Ce serait un piétisme insipide. Nous ne devons pas davantage emboîter le pas aux disciples modernes d’Origène. Ils démythologisent et dissèquent ce que Dieu a révélé il y a longtemps. Au lieu de donner un sens à la Bible, ils vident la Parole de son contenu. L’Écriture ne doit pas non plus être considérée comme une « survie du plus apte » en matière religieuse. La vérité de Dieu n’a pas évolué à partir de griffonnages primitifs et décousus pour devenir un volume qui aurait encore besoin d’être rédigé. Par-dessus tout, nous qui sommes les héritiers d’un patrimoine confessionnel conservateur ne devons pas, à la manière médiévale, suivre ce que disent nos hommes d’Église, à tort ou à raison, parce que nous serions trop occupés, trop pressés ou trop ignorants.
L’histoire de l’Église peut nous donner une très bonne raison d’apprécier la place unique qu’occupe la prophétie accomplie dans le plan de Dieu. Trouver le Christ dans l’Ancien Testament est orthodoxe. Toute une vie de recherches minutieuses ne produira cependant pas des paquets dogmatiques préemballés. Trouver le Christ dans l’Ancien Testament exige les compétences d’un bon interprète historico-exégétique. Pourtant, notre analyse la plus soignée n’expliquera pas l’action mystérieuse de l’Esprit qui abat la raison et édifie la foi pour la vie. Trouver le Christ révélé de manière cohérente sur les quelque 1 500 ans qui séparent le prophète Moïse de l’apôtre Jean rend pratiquement impossible d’élever la sagesse d’un seul homme ou d’une seule génération au rang de juge et de jury de l’Écriture. Notre découverte du Christ dans l’Ancien Testament ne nous permettra pas non plus de sacraliser les traditions de l’Église visible et de ses hommes d’Église. Le Seigneur Jésus est le dernier mot pour l’Église, et non l’inverse.
Oui, le Seigneur Jésus-Christ, tel que les prophètes l’ont annoncé et que les apôtres l’ont proclamé, est notre tout !
Notes
12 La Pentecôte comme anniversaire du don des dix commandements fait partie de la tradition juive. Israël acheva le voyage d’Égypte au Sinaï le troisième mois, « ce jour-là » (Ex 19.1). La Pâque avait eu lieu au milieu du premier mois, ce qui laisse deux semaines. À ces deux semaines, ajoutez les 28 ou 29 jours du deuxième mois. Puis, à « ce jour-là », qui ouvrait le troisième mois, ajoutez trois jours de préparation (Ex 19.15). Si l’installation du camp, qui précéda la préparation (Ex 19.2), prit quatre jours supplémentaires, le total entre la première Pâque en Égypte et le don des dix commandements aurait été de 50 jours (14+29+4+3).
13 L’historien juif Flavius Josèphe considérait la fête des Tabernacles comme la plus sainte et la plus grande des fêtes hébraïques, Antiquités VIII, iv, 1. Jésus honora cette fête (Jn 7), qui comportait plus de sacrifices que toute autre fête (Nb 29).
Le pasteur Dr. John C. Lawrenz (1943-2024) a commencé son ministère comme pasteur de l’église luthérienne Zion à Gainesville, en Floride. Il a ensuite été président du Michigan Lutheran Seminary et du Dr. Martin Luther College, ainsi que professeur d’Ancien Testament au Wisconsin Lutheran Seminary. À l’université Brandeis, il a obtenu une maîtrise et un doctorat en langues étrangères, puis un PhD en études méditerranéennes. Il a achevé son ministère comme président fondateur de l’Asia Lutheran Seminary à Hong Kong, où il a également enseigné. Il a participé à plusieurs fouilles archéologiques importantes en Israël, s’est rendu en Israël avec ses étudiants d’hébreu et d’Ancien Testament, a effectué des congés sabbatiques dans divers champs de mission à travers le monde et était un conférencier apprécié dans l’ensemble de la CELC. Le Dr. Lawrenz a été rappelé dans la gloire le 22 septembre 2024.
Les citations bibliques sont tirées de la Bible Louis Segond 1910 (LSG).

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